L’accompagnement en huit questions

En huit questions, anila Trinlé donne le sens de l’écoute dans le cadre de l’accompagnement. Une mosaïque de conseils pour clarifier le processus de présence à l’autre (et à soi même). 

Qui sont les personnes en souffrance ? et, plus largement, qui est cet autre que j’écoute ?

  • Des personnes malades, pour certaines en fin de vie, l’entourage des malades, les soignants parfois, et des personnes en deuil, de façon plus générale des personnes qui rencontrent des difficultés à vivre les écueils de la vie.

Comment j’accueille cet « autre » ? dans quel état d’esprit, et avec quels présupposés ?

  • Accueillir l’autre dans ce qu’il est, lui offrant la générosité d’une écoute. Une générosité gratuite qui n’est pas entachée ni de pitié, ni de commisération, un état d’esprit qui tend à la compassion. Cette compassion, nourrie par une motivation vaste, consiste à souhaiter pour l’autre qu’il soit libéré de la souffrance et des causes de la souffrance.
  • Garder  à l’esprit que je ne sais pas à la place de l’autre ce dont il a besoin. Être attentif à ce que je veux dans cette relation car plus « je veux » aider, et moins je suis aidant. Cependant il est essentiel d’être conscient que je veux toujours quelque chose, au moins qu’il aille mieux…
  • Faire confiance aux ressources de la personne et faire appel à ses capacités. J’accepte le temps, le rythme de l’autre, à défaut j’accepte mon incapacité à croire en son potentiel. Je mobilise l’énergie en vue de permettre à la personne de garder ou de restaurer l’estime de soi, en développant une vision globale, conscient des processus et de l’évolution toujours possible. Même si ses réponses sont éloignées des solutions que j’envisageais…

Comment j’accueille la parole de l’autre ? Comment nos deux paroles vont à la rencontre l’une de l’autre ?

  • Préliminaire : l’écoutant ne doit pas oublier qu’il a lui aussi une parole et qu’il en fait usage !
  • Avec une attention extrême, je laisse venir la parole de l’autre, son univers, son vécu. J’accueille les mots, les silences, attentif à ce que je vis dans l’espace de cette rencontre.
  • L’important n’est pas de comprendre, ni de savoir, il s’agit plutôt de connaitre, de rencontrer l’autre dans ce qu’il est, dans ce qu’il vit.

Qu’est-ce que je fais des émotions qui me traversent ?

  • Les voir, les identifier, les accepter et ne pas les suivre. Ce qui demande un entrainement, une rencontre intime avec ses propres mouvements émotionnels, notamment par la méditation.
  • Développer la conscience de leur présence, leur impact sur mon écoute, ne pas se laisser berner par leurs discours.
  • Sa souffrance me touche, m’interpelle, me dérange et je reste là, à son écoute, c’est de sa souffrance dont il s’agit, de son vécu douloureux. J’accueille mon sentiment d’impuissance, l’aide que je peux apporter ne se situe pas dans l’action, mais dans l’écoute inscrite dans une présence bienveillante et non jugeante.

Que signifie avoir du recul, être à la bonne distance ?

  • Être non pas « détaché », mais « non-attaché », c’est ce qui me permet d’entrer en relation et d’entendre la parole de l’autre. Être libre, autant que faire se peut, des attentes liées à l’attachement. L’attachement à la personne, à son discours, à mes réponses qui s’élèvent si rapidement pour contrer le sentiment de malaise qui me traverse face à la souffrance.
  • La « bonne distance » est tout sauf un état figé, c’est un continuel réajustement entre trop de proximité et trop de distance, entre fusion et séparation. C’est sortir de la confusion entre ce qui appartient à l’autre, et ce qui m’appartient en propre, sa souffrance et mon mal-être, ses difficultés et mon sentiment d’impuissance…
Accueillir l'autre dans ce qu'il est

Accueillir l’autre dans ce qu’il est

Qu’est-ce qui fait que l’autre va, ou non, trouver ses propres réponses ?

  • Développer la conscience que la capacité de « rebondir » est présente en chacun, mais parfois tellement entravée par des expériences de vie douloureuses qu’elle semble inaccessible.
  • Être là, « ne rien dire », juste écouter, permettre de déposer ces paroles difficiles et faire confiance au silence fécond.
  • Chercher ensemble les ressources sur lesquelles il est possible de s’appuyer, c’est s’autoriser à se reconnecter à ce qui aide, soutient et éclaire le chemin.
  • Mais ne pas s’y tromper non plus, ce n’est pas accessible à tous, et surtout cela dépend des moments. Il est d’abord nécessaire, voire indispensable, d’être suffisamment apaisé pour intégrer le drame vécu.
  • Toujours se rappeler qu’il faut du temps et que toute personne qui subit une difficulté connaitra différentes étapes : déni, colère, sentiment dépressif…
  • Le temps est un allié, mais ce n’est pas suffisant, le temps seul ne transforme pas, ne permet pas d’évoluer dans son registre émotionnel, la parole est nécessaire et donc une écoute bienveillante est indispensable.

Quelles sont les attentes de celui que j’écoute ?

  • Une aide ponctuelle, précise, une demande impliquant une connaissance des relais possibles, mais non dénuée d’une plainte associée à sa situation problématique et difficile à vivre.
  • Une écoute, le besoin être entendu dans ses souffrances qui semblent exclure du monde « ordinaire ». Une souffrance difficile à vivre, voire intolérable, entretient un sentiment de solitude, d’isolement, lié à l’impression de ne pouvoir être compris dans sa singularité.

Quelles réponses, quelles attitudes adopter ?

  • Aider la personne à élaborer sa parole pour lui permettre de clarifier son vécu, un trop plein de souffrances entrainant une confusion émotionnelle.
  • S’appuyer sur « ma boite à outils » d’écoutant : la reformulation, la prise en compte du non-verbal, la conscience de ce que je vis dans la présence à l’autre mais sans le suivre.
  • Proposer, vérifier, questionner. Ne pas donner de conseils, être attentif aux interprétations rapides.
  • Les réponses, seule la personne les connait, tout au plus je peux la mettre en chemin pour y accéder.
  • Toutes les propositions, même si elles sont justifiées, seront inopérantes si elle ne se les approprie pas par elle-même.
  • Ne pas aller au-delà ce qui est attendu et ne pas limiter la parole. Tenir compte des mécanisme de défense, respecter le déni.
  • Faire preuve de discernement, d’une curiosité saine, d’une faculté d’étonnement, se laisser surprendre. Lâcher l’attendu et les a priori.
  • Rester attentif à ne pas avoir de projet pour l’autre, à ne pas rechercher de résultat. Juste être là.
  • Tout cela en développant douceur et bienveillance envers soi…
  • Ne jamais oublier que je suis en entrainement. Je m’entraine à développer une présence ouverte et consciente d’elle-même, afin de m’ouvrir à l’autre.
  • Mettre en oeuvre les moyens d’offrir une présence consciente, intuitive et éclairante, avec pour perspective de redonner confiance en l’autre et de restaurer l’estime de soi.

Anila Trinlé

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La vie professionnelle : une éthique au quotidien 

Cet article a été publié dans le magazine Regard Bouddhiste du mois de septembre consacré à la vie professionnelle. 

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Voie de libération et développement personnel 

Parler du bouddhisme et de la vie professionnelle nous met naturellement face à une première ambiguïté. Le bouddhisme est une voie de libération de la souffrance par un profond travail d’introspection alors que le but de l’entreprise est de produire des biens ou des services ; pour survivre et se développer, elle cherche à créer de la valeur en générant du profit. Pour le dire sans nuance : alors que l’un questionne le désir, l’autre cherche à le nourrir. Comment ces deux-là peuvent-ils se rencontrer et collaborer utilement ?

La pratique bouddhiste a plusieurs perspectives. Une des façons de la définir est de l’aborder en termes des trois entraînements : l’éthique, la méditation et le discernement. L’éthique peut se résumer au fait de ne pas nuire, individuellement ou collectivement. La méditation consiste à dévoiler la lucidité et la clarté de l’esprit, et de le pacifier. Quant au discernement, il permet de percevoir les situations telles qu’elles sont, le jeu de causes et de circonstances. Le Bouddha les a enseigné pour permettre à chacun de dissiper la méprise ou l’ignorance qui nous caractérise tous et qui est la cause première de notre insatisfaction, de notre souffrance. Une autre perspective de la pratique bouddhiste, outre le processus de libération, consiste à « embellir le monde » c’est-à-dire  de mettre en oeuvre des moyens pour générer des circonstances favorables aux humains, de leur procurer de meilleures conditions de vies.

En ce sens, on peut trouver dans le bouddhisme des valeurs et des méthodes qui permettent un mieux vivre dans l’entreprise et, surtout, de développer une dimension éthique de façon très concrète dans l’organisation et dans les relations tant en interne que vers l’extérieur. Il s’agit de faire de notre vie professionnelle une démarche éthique. C’est l’éthique qui est le fondement de tout développement, que ce soit dans la vie professionnelle ou dans une démarche spirituelle. Lorsque j’intervenais en entreprise, j’ai rencontré des équipes managériales dont la préoccupation était, bien sûr, de maintenir un appareil de production générant du profit, mais qui ne dérogeait pas à l’éthique à tous les niveaux : qualité du produit, qualité de vie dans l’entreprise et respect du client. C’était, pour eux, un défi quotidien.

Une autre ambiguité apparait. Que signifie « bouddhisme et vie professionnelle ». Faut-il aller prêcher dans les entreprises ? Mettre tout le monde à la méditation ? Proclamer des valeurs respectueuses de l’humain ? Comment, concrètement, faire vivre des principes dans un monde qui n’est pas, a priori, destiné à intégrer une approche spirituelle dans son activité.

L’universalité du bouddhisme permet d’y puiser des ressources sans qu’elles ne soient connotées par un quelconque aspect religieux ou spirituel.

Prenons quelques exemples. Cultiver une motivation qui associe le développement de l’entreprise avec le bien-être des partenaires, développer une conscience des perturbations émotionnelles qui entravent la communication afin d’améliorer le travail en équipe, travailler sur les causes et les symptômes du stress, aider à gérer le temps en identifiant les réelles priorités, et il y en a d’autres.

La vision que propose le bouddhisme et les méthodes qui y sont associées sont applicables pour qui veut améliorer la vie au travail. Il ne s’agit pas d’avancer masqué, mais il est inutile de poser un label « bouddhiste » sur une approche qui, finalement, est une façon profondément humaine et lucide d’aborder les situations. Une chose est de s’inspirer de l’enseignement du Bouddha, une autre est de devenir bouddhiste. Il me semble que ce n’est pas trahir une transmission authentique vieille de 2600 ans que de s’en inspirer pour permettre aux humains de devenir plus humain. L’erreur consisterait à prendre l’un pour l’autre et à réduire le bouddhisme à un développement personnel. Les deux ont leur raison d’être.

Les pièges de la méthode 

Comment irriguer la vie professionnelle d’une approche fondée sur le bouddhisme ? Comment injecter des valeurs voire des méthodes inspirées par l’enseignement du Bouddha dans le monde du travail ?

Le point de départ est toujours le même : la prise de conscience de l’insatisfaction qui nait de notre façon d’aborder les situations et la certitude qu’une transformation est possible. C’est le principe des quatre vérités des Nobles. Comme le dit Jigmé Rinpoché : « L’esprit, qui est fondamentalement lucidité, clarté et sagesse, peut trouver les solutions à ses propres problèmes. »

Un élément, cher au bouddhisme, est ici essentiel : l’exemplarité. Le directeur d’une chambre consulaire que j’ai accompagné témoignait de l’évolution de ses collaborateurs au fur et à mesure que lui-même changeait ses modes d’écoute et de communication, et faisait évoluer sa posture au sein de son équipe.

Sur base de cette prise de conscience, les formes de la démarche peuvent être multiples. Aller à la source et suivre des enseignements bouddhistes transmis par des enseignants qualifiés. Il existe aujourd’hui des coachs et des formateurs qui fondent leur approche sur le bouddhisme. Il existe également des groupes de réflexion qui, par des échanges réguliers, éclairent la pratique professionnelle à la lumière du bouddhisme.

Nous remarquerons que l’option proposée est d’abord un démarche individuelle. Elle peut, selon les circonstances, se décliner collectivement au sein d’une structure, mais cela dépend bien sûr des décideurs.

Mais quelle que soit l’approche, il est essentiel d’être clair sur ce qu’est une méthode et ses effets. Une méthode ne change pas quelqu’un qui ne souhaite pas se transformer. C’est la motivation qui prime (autre élément fort dans le bouddhisme). Elle peut naître au fil du processus de formation, mais elle est primordiale.

Toute transformation est affaire d’entrainement. Une formation commence quand elle se termine. Devenir éthique ne se décide pas mais se cultive. C’est l’entraînement qui permet la transformation. Le Bouddha a expliqué à de nombreuses reprises qu’il pouvait partager les conditions de la transformation, mais que les seuls qui pouvaient se transformer c’était nous-mêmes.

Un dernier aspect à éviter : l’attitude extrême qui consiste à mettre les situations au service de la méthode, à enfermer les situations dans une grille de lecture figée. Toute méthode est au service de la réalité et non l’inverse. Le bouddhisme n’est pas une théorie à appliquer, il est un chemin d’exploration, une façon de devenir autonome. Certes, il y a des critères, des méthodes, des vues bien spécifiques, mais c’est à chacun de les faire vivre dans son contexte.

Quelques exemples

Les ressources que propose le bouddhisme se déclinent de différentes manières selon les divers aspects de la vie professionnelle. Voici trois propositions d’approche. Ce ne sont que des pistes qui demandent à être développées :

La gestion du temps : le temps nous manque et nous l’éprouvons de façon chaotique. Aborder la gestion du temps commence par une réflexion sur l’impermanence, le temps qui passe et notre manière de l’éprouver. Elle demande à revisiter nos priorités et d’aller voir du côté du désir et des fascinations. La question n’est pas de remplir l’agenda de la façon la plus efficace, mais de donner priorité à nos réelles priorités et de trouver un équilibre entre les différents engagements de notre vie. Cela oblige à revisiter nos motivations et à mettre en oeuvre les moyens de les incarner.

La gestion du stress : le stress nait de l’impression réelle ou imaginaire de ne pas avoir les ressources nécessaires pour faire face aux situations. Inutile d’en rappeler les conséquences tant au niveau physique que psychique. Le bouddhisme, outre la méditation, offre de nombreuses méthodes pour prendre conscience des perturbations émotionnelles qui nous traversent et pour trouver une détente vigilante qui nous donne la clarté nécessaire pour répondre de façon adaptée aux situations. Le fait de nous relier à notre motivation et de la clarifier redonne également du sens à notre activité.

La communication et le travail en équipe : le bouddhisme nous invite d’abord à un travail d’introspection. Nous avons la capacité de poser un regard direct sur nos fonctionnements, nos représentations et nos projections afin de les reconnaître. C’est ce regard intérieur, de plus en plus précis et subtil, qui nous permet de mieux comprendre les autres et d’adapter notre communication à nos interlocuteurs.

Dans la vie professionnelle, il s’avère que le quotidien et la routine nous coupent des fondamentaux : la motivation, la conscience de ce que nous vivons, la présence des autres, etc. Prendre un temps quotidien afin de nous relier, encore et encore, à l’essentiel est salutaire. Le critère enseigné par le Bouddha à ne jamais perdre de vue est la perspective des deux bienfaits : le notre et celui des autres. Si nous ne sommes centrés que sur nous-mêmes, nous ne pouvons embrasser les situations en considérant les autres de façon claire. Si nous n’agissons que par rapport aux autres, nous nous perdons dans l’activité, coupé de nous-même, ce qui, tôt ou tard se paie cher en stress et en perte de sens.

Conclusion

Le bouddhisme n’a pas de solutions toute faites ou de méthodes prêtes à porter afin de donner sens à la vie professionnelle. Introduire le bouddhisme dans la vie professionnelle est affaire d’entraînement, de conscience intérieure, de questionnements afin d’aller vers plus de bienveillance et d’éthique. Comme nous l’avons dit, c’est un défi au quotidien dans lequel chacun, individuellement ou en groupe, peut enrichir sa vie. C’est bien de richesse intérieure dont il s’agit.

Lama Puntso

Pour aller plus loin : dharmanagement
Pour approfondir : Être serein et efficace au travail 

Un élément, cher au bouddhisme, est ici essentiel : l’exemplarité

Un élément, cher au bouddhisme, est ici essentiel : l’exemplarité

Le respect de soi

La notion de respect de soi dans l’approche bouddhiste est singulière. Dans notre culture, la notion de respect de soi est souvent associée à la connaissance de ses propres limites et du fait de savoir les respecter, et de les faire respecter. Il s’agit de ne pas se laisser imposer des choses à faire ou à dire qui ne nous correspondent pas ou qui ne sont pas en accord avec nos convictions.

Le respect de soi commence par la connaissance de soi et l’acceptation de soi. Connaitre ses défauts, ses manquements, ses dysfonctionnements, etc, et savoir les accepter pour ce qu’ils sont, des lieux de travail.

Notre fonctionnement, basé sur la saisie d’un soi réellement existant, durable et autonome, nous amène à dépendre de nos représentations. Et nous sommes très attachés à nos représentations qui, pour nous, sont notre réalité.

Notre fonctionnement 

L’être humain, riche d’un potentiel de sagesse et doté d’immenses qualités, est connaissant, capable d’expérimenter. C’est sa caractéristique même, mais sa manière de connaitre lui-même, les autres et le monde est limité, conditionné par un fonctionnement centré sur lui-même.

Lorsque nous disons « moi », de quoi s’agit-il au juste ? Nous sommes doté d’un corps, et au travers de nos sens, nous avons accès à nous-même, aux autres et à ce qui nous entoure. Notre rapport aux objets de perception s’établit sur base des différents fonctionnements de l’esprit, et nourrit par les émotions d’attraction, de répulsion ou d’indifférence, nous en avons une connaissance subjective.

Pour un même objet de perception, selon la personne qui l’éprouve, l’expérience peut être du domaine de l’attirance ou du rejet, du sentiment de supériorité ou d’infériorité, de la comparaison, de la réjouissance, de l’ouverture, de l’inquiétude, etc. Cela donne, au bout du compte, une attitude d’esprit faite d’un mélange d’événements mentaux qui peuvent être très sophistiqués et qui décident de notre réaction face à la situation rencontrée.

Ainsi, ce « moi » est une identification sans cesse répétée à un corps, support des expériences sensorielles, mentales et émotionnelles qui nous font expérimenter le monde, les autres et nous-même au travers du filtre de nos habitudes mentales. Cette identification est ce qui est appelé la saisie égocentrée, parfois traduit par ego, mais ce terme prête à confusion parce qu’il ne recouvre pas le même sens que dans l’approche occidentale.

Nous nous identifions à ce mode de connaissance, c’est-à-dire que nous limitons notre connaissance en nous identifiant à ce processus, alors qu’il y a plus à connaitre. Notre mode de connaissance est ainsi conditionné par nos perceptions et nos tendances. Ceci est fondé sur une méprise qui est surtout le fait de ne pas voir ce qui est véritablement.

Ce qui nous amène à voir, sur base de nos représentations, « notre » réalité que nous prenons pour « la » réalité. C’est un aspect que nous pouvons très facilement accepter conceptuellement, mais au quotidien, nous sommes fascinés par ce que nous percevons et pouvons difficilement, en situation, remettre en question notre perception des choses.

Nous sommes certain que ce que nous percevons est la réalité, que notre réaction émotionnelle dans une situation, quelle qu’elle soit, est justifiée par le comportement des autres. Pourtant, l’autre n’est que la circonstance de ma réaction émotionnelle, l’émotion m’appartient, comme il m’appartient de la voir ou pas, de la suivre ou pas, d’en assumer la responsabilité ou pas.

Il s’agit là d’une étape importante, parce que nous ne pouvons changer que ce que nous acceptons. Et accepter de reconnaitre, par exemple, que ce n’est pas l’autre qui m’énerve, mais que c’est moi qui m’énerve au contact de l’autre parce qu’il ne fait pas ou ne dit pas ce que j’attends de lui.

Il nous parait évident que les situations devraient se dérouler comme nous l’envisageons, parce que c’est « ainsi » que cela doit se passer ! Sans vraiment prendre en compte que tout ne dépend pas de nous, que tout change d’instant en instant et que nous sommes bien incapable de savoir ce qui se passera l’instant suivant…

Et pourtant nous continuons à penser que les choses devraient se passer comme « je » crois qu’elles devraient se dérouler. Et comme cela ne marche pas vraiment, nous réagissons avec colère et impatience !

Ce qui n’est pas un problème en soi, si ce n’est que cela génère de l’insatisfaction pour soi et pour les autres, si ce n’est que cela renforce notre tendance à réagir face à ce qui nous dérange par le rejet et que cela augmente encore et encore les causes de souffrance. D’où la proposition bouddhiste d’apprendre à appréhender notre fonctionnement avec bienveillance et douceur.

Se respecter, c’est respecter son éthique

L’éthique bouddhiste a pour but de nous permettre de faire des progrès sur le chemin. Pour ce faire, notre attention et notre vigilance sont appelées à être mobilisées pour reconnaitre ce qui, dans notre fonctionnement, nous éloigne du chemin et ce qui nous en rapproche.

L’éthique bouddhiste est basée sur le fait que nos actions, que ce soit au niveau du corps, de la parole ou de l’esprit, ont des conséquences pour nous-mêmes et pour ce qui nous entoure, les autres comme notre environnement. Il y a deux sortes d’actions, les actions positives et les actions négatives.

Les actions négatives sont celles qui prennent leurs racines dans les trois émotions perturbatrices que sont le désir/attachement, l’aversion et l’ignorance. Elles tendent à avoir des conséquences néfastes pour nous ou pour les autres.

Les actions positives sont celles qui sont exemptes d’émotions perturbatrices et qui, au contraire, sont motivées par la générosité, l’amour, la compassion et le discernement. Elles tendent à avoir des conséquences positives pour nous et/ou pour les autres.

Dans le bouddhisme, une action n’est ni bien ni mal en elle-même, mais est favorable ou défavorable selon la motivation et l’état d’esprit qui la sous-tend. Il s’agit de développer la conscience que les actes dans lesquels nous nous engageons nous éloignent ou nous rapprochent de notre but. Ce qui induit une clarification de notre motivation, qu’est-ce que je veux vraiment, vers quoi je souhaite aller et qu’est-ce que je suis prête à mettre en oeuvre pour y parvenir.

Sur base d’une conscience des conséquences de nos actions des corps, parole, esprit, il s’agit d’être attentif à ne pas se laisser emporter par les mouvements émotionnels qui nous traversent, mais s’entrainer, encore et encore, à ne pas les suivre. Cet entrainement se cultive dans la méditation et se décline dans nos relations au quotidien.

Le respect de soi comme respect de son éthique

En respectant l’éthique que nous choisissons, parce qu’elle est un soutien, un guide vers le but visé, nous nous respectons en ce sens que nous mettons en oeuvre ce qui est le plus important pour nous. Ce faisant, nous assumons la responsabilité de nos actes et de notre chemin.

De plus, c’est parce que nous posons ce regard bienveillant et vigilant sur nous-même que nous pouvons considérer les autres avec cette même vision. Ainsi, se respecter soi-même amène, de façon naturelle, à respecter les autres et leurs propres valeurs.

Se respecter, c’est vivre l’éthique, attentif à ne pas nuire et à accomplir le bienfait d’autrui, en considérant nos manques, en s’appuyant sur nos ressources et en cultivant une plus vaste connaissance de notre fonctionnement.

Trinlé

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La communication toxique (mais pas que)

La communication comme entrainement

La communication est toujours au service de quelque chose : elle n’existe pas pour elle-même. Evidemment, elle informe mais elle a bien d’autres fonctions : nourrir une relation, clarifier un projet, détendre ou répondre à une angoisse face au silence, elle comble ou elle construit, elle manipule aussi.

La communication est un composé : en plus du message que nous souhaitons transmettre, il y a les éléments intérieurs comme la motivation, l’émotion, le mental, le corps, le langage, etc. Il en va de même pour celui vers qui nous communiquons. La communication est, de fait, altérité. Et puis, il y a l’environnement, le contexte. Nous maîtrisons certains de ces éléments mais d’autres nous échappent. En percevant cette dimension composée, nous ne vivons plus la communication comme un tout monobloc ; cela donne des portes d’entrées pour la travailler.

La communication est une dynamique : il n’y a pas de communication immobile, elle est toujours interaction et elle s’inscrit dans la durée. La communication est mouvement, elle peut donc évoluer ; elle a d’ailleurs souvent besoin de temps. Cela signifie également qu’elle est progressive, et travaillable.

La communication est forte de conséquences : elle n’est pas anodine car elle  est le moyen d’exprimer du sens et, même, de participer à son élaboration. De ce point de vue, elle est une force car elle a une influence sur l’environnement, sur l’autre et sur nous-mêmes.

Pour ces différentes raisons, la communication idéale n’existe pas. Elle dépend des circonstances, de l’état d’esprit, elle demande des réajustements, elle se construit. La communication est entraînement.

La communication éthique

Dans le cadre du bouddhisme, la communication a pour propos de faire sens et de construire une cohérence. Il s’agit d’abord de déployer une communication qui ne nuit pas, qui ne génère pas plus de confusion (sauf si celle-ci est une étape vers plus de clarté). Ensuite, la communication est une ressource c.à.d qu’elle nourrit le but que nous nous sommes donné. Et enfin, le propos de l’entrainement est d’aboutir à une communication fertile. Elle tient alors compte de l’environnement et de l’interlocuteur (ses besoins, son rythme, ses modes relationnels). Elle est soutenante.

Les communications toxiques 

Quelques points de repères formels pour repérer les modes de communication qui entravent la cohérence, qui détournent du sens choisi.

La communication qui trompe : c’est la communication des sous-terrains qui ne dit pas ses intentions. Dans cette façon de communiquer, il y a un décalage entre notre motivation réelle et celle que nous exprimons. Nous trompons notre interlocuteur à notre propre profit. Nous manipulons les faits, le réel. D’une manière ou d’une autre, ce mode d’échange empêche la confiance. On trouve aussi dans cette façon de faire, les promesses non tenues, les mensonges du quotidien et tout ce qui ment sur ce que nous sommes en réalité.

La communication clivante : elle empêche l’harmonie, elle sépare, elle monte les uns contre les autres, toujours à notre profit. C’est dans ce contexte que nous pouvons comprendre la force des mots : calomnies, dénigrements ou insinuations, que la personne concernée soit là ou non, modifient le regard et la perception que l’on en a. Parler de l’autre c’est proposer une manière de l’envisager.

La communication blessante : c’est la flèche décochée dont on sait qu’elle sera douloureuse pour l’interlocuteur. C’est comme si il y avait un secret plaisir à esquinter l’autre. Qu’elle soit directe ou insidieuse, matinée d’humour ou dure, la parole blessante laisse des traces, elle nourrit les afflictions.

La communication insouciante : c’est la parole sans conscience, l’anodin, le futile qui semble être au service de rien mais qui joue quand même de son influence. Cette parole insouciante aboutit à un moment ou un autre aux trois communications toxiques précédentes ; l’absence de vigilance laisse la place à une parole qui ne maîtrise plus son message, qui se laisse déborder par le langage. Elle peut aussi être juste mais adressée ni au bon interlocuteur, ni au bon moment. Elle est gaspillage.

Le propos est de dégager notre communication de ces quatre aspects afin qu’elle participe à la cohérence de l’éthique. Mais cela ne s’improvise pas. Même sans être mal intentionné, nous savons bien comment il est aisé de tomber, par la force des habitudes, dans l’une ou l’autre de ces communications toxiques, voire même de les combiner. Non seulement cela ne s’improvise pas mais nous ne pouvons nous forcer à nous en extraire. Il nous faut donc rassembler les conditions qui nous permettent de nous entrainer à une juste communication.

Oui, mais…

Néanmoins, ne nous laissons pas prendre par la forme. Un exemple issu de la tradition bouddhique : Si, me promenant dans la campagne, je vois passer un lapin puis, quelques instants après, un chasseur. Si celui-ci me demande par où est passé le lapin, je lui indiquerai une direction contraire. Tromper devient ici une qualité (dans la mesure où la mort du lapin et le désir de tuer du chasseur me concernent).

S’abstenir de la communication blessante ne doit pas empêcher la confrontation. La confrontation des idées est une nécessité pour faire sens. Parfois, même avec toutes les précautions prises, la confrontation peut être en elle-même blessante. Ici, le fait de blesser n’est pas le but mais une étape du processus.

De même, éviter la communication clivante ne consiste pas à ne rien penser ou dire des autres. Bien des situations nous obligent à évaluer les personnes ; évaluer n’est pas juger. Néanmoins, la frontière émotionnelle est mince entre évaluation et jugement de valeur. Cela demande de la vigilance afin que l’une ne contamine pas l’autre. En fait, notre jugement contamine de fait l’évaluation, il s’agit de préserver une attention qui nous permette d’identifier le jugement au moment même de son déploiement afin de ne pas y succomber.

Enfin, se dispenser d’une communication insouciante ne suppose pas de se cantonner à une parole utilitaire. Il s’agit de s’entrainer à une communication de la double écoute : soucieuse de l’autre et consciente d’elle-même.

Ce qui décide donc de la justesse de la communication ne dépend pas de la forme qu’elle prend mais d’abord de la motivation qui la soutien.

Puntso

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L’éthique de l’accompagnement

L’éthique
Parler de l’éthique semble souvent affaire de spécialistes. Ce n’est pas faux, mais c’est tout de même un peu limité. La réflexion éthique nous concerne tous, elle concerne chacun d’entre nous, parce qu’elle conditionne notre manière d’être au monde.
Ce sont nos repères éthiques qui nous permettent de nous positionner pour faire nos choix dans nos relations, dans notre travail, dans nos loisirs. Bien sûr il y a la législation, les lois, bien sûr il y a un code de conduite favorable pour entretenir des relations saines, mais ce sont mes propres choix éthiques qui vont conditionner mon comportement dans la vie de tous les jours, comme dans des situations plus délicates que sont, par exemple, les situations de fin de vie.
Notre éducation, notre culture, notre tradition religieuse, notre spiritualité, nous apportent un cadre, des points de repère importants qui étayent des valeurs que nous validons. Cependant, il est important de souligner que, quel que soit le cadre choisi, c’est mon rapport à ce cadre qui donnera ou non sa pertinence à mes actions.
En effet, nos émotions, nos attachements ou nos rejets, nous amènent souvent à dévier de ce cadre. Ainsi, bien que j’ai l’intention de ne pas nuire aux autres, si une personne me dérange, m’importune, je peux tout à fait, sous le coup de l’impatience, de la colère, la rejeter sans grand ménagement, peut être même la blesser !
Du point de vue de l’enseignement du Bouddha, la mise en œuvre de l’éthique est affaire d’entrainement. Il s’agit de développer, petit à petit, un regard plus lucide sur nos actions, surtout sur ce qui les sous-tend. Quelle motivation, quelle intention, est à la base de mon attitude ? Quelles émotions, quelles attentes, viennent nourrir ou perturber l’intention première qui est de ne pas nuire ?

L’éthique de l’accompagnement
Quelle pourrait donc être l’éthique de l’accompagnant bouddhiste (ou non d’ailleurs) et sur quelles bases un pratiquant peut-il s’appuyer ?
Accompagner, vient d’un ancien mot « compain », qui signifie, partager le pain. Si on replace ce mot dans son contexte médiéval où la foi chrétienne était très présente, la symbolique du pain était associée à la vie. On parle du pain de la vie. Donc, accompagner, peut s’entendre sans ambiguité comme « partager un moment de vie ».
Accompagner signifie également cheminer avec, et cela induit de suivre le rythme de l’autre, d’accorder nos pas aux siens. C’est-à-dire, s’accorder à ses propres choix et respecter ses valeurs et priorités.
Accompagner, c’est aussi savoir écouter, c’est-à-dire d’entendre au-delà des mots mêmes, afin d’être plus ouvert à l’autre. Mais accompagner ne relève pas seulement d’un savoir-faire, c’est avant tout un savoir-être, et ce savoir-être se cultive.
Lorsque nous parlons d’être présent à une personne en souffrance, il s’agit en fait d’être conscient de ce que nous vivons à l’instant même de la présence, de développer la conscience de ce que vit l’autre, tout en étant présent à l’environnement, aussi bien structurel que relationnel de la personne accompagnée.
Ce regard intérieur se cultive dans la méditation, ce qui permet de développer une plus grande acuité sur nos fonctionnements.
Pour développer cette capacité à être réellement présent, il s’agit d’abord et avant tout d’être honnête avec nous-même, de développer la conscience de ce que nous ressentons. Que ce soit des pensées parasites, des émotions perturbatrices, des peurs, des doutes, nous sommes d’instant en instant traversés par de multiples états d’esprit qui nous éloignent de la conscience de l’instant présent. Ce qui n’est pas en soi un problème, c’est notre vécu ordinaire, l’essentiel est de nous en rendre compte, afin de ne pas nous laisser piéger par tous ces mouvements dans l’esprit.
Développer une conscience plus aiguë de notre fonctionnement permet de moins se laisser duper par nos interprétations premières. Il s’agit de prendre conscience que nous n’avons accès à notre propre réalité et à la réalité de l’autre qu’au travers de nos représentations.
Dit autrement, nous n’avons accès qu’à notre vision de la réalité, mais que nous prenons pour la réalité. À bien y regarder, nous savons que nous ne percevons pas tous la réalité de façon identique, pourtant, au cœur de la situation, nous sommes persuadés, de façon très instinctive, que c’est la réalité. En fait, notre vision est essentiellement subjective, même si l’objectivité participe à l’élaboration de notre vision.
Dans l’éthique bouddhiste, c’est un point essentiel que le pratiquant travaille au jour le jour.
Sur base d’une connaissance plus approfondie de notre fonctionnement, qui prend en compte nos propres limites, nous pouvons nous ouvrir à une réalité plus vaste. Ceci nous permet de ne pas figer la compréhension première que nous pouvons avoir du vécu et de la souffrance de l’autre, pour entendre ce qu’il souhaite nous dire.
C’est en développant un regard doux et généreux envers nos propres erreurs, nos propres dysfonctionnements, nos limites, que se développe la capacité à mettre en œuvre la bienveillance.

Trinlé

La motivation

Pourquoi j’agis ainsi ? Pourquoi je réponds cela ? Qu’est-ce qui me motive ? Vers où je vais ? Quel est mon but, réellement ? Et qu’est-ce que je suis prête à mettre en oeuvre pour y parvenir ? Toutes ces questions autour de la motivation se posent régulièrement, pourquoi ? pour quoi ? vers quoi ?

Pourquoi ?

La motivation est au coeur de toute démarche, de toute relation, elle conditionne notre façon d’être au monde. La motivation donne la direction, confère une intensité et permet à toute action de se déployer dans la durée. C’est le pourquoi nous faisons les choses qui détermine comment nous les faisons. Toute motivation est faite de notre histoire de vie, de nos représentations et des croyances qui les accompagnent, elle est colorée par nos émotions et nos habitudes mentales, elle est marquée par notre besoin de reconnaissance et nos attentes, elle est nourrie par notre bienveillance, notre patience, notre intérêt pour les autres. Il s’agit là de toutes les motivations du quotidien, tantôt émotionnelles, tantôt généreuses, parfois très claires et parfois assez confuses. Elles sont un lieu privilégié de rencontre avec nous-mêmes.

Il n’est rien que nous fassions, rien que nous pensions, rien que nous envisagions qui ne soit sous-tendu par notre motivation. Lorsque nous parlons de motivation, nous parlons ici de ce mouvement profond en nous, expression de notre vision du monde, qui nous fait agir, penser, réfléchir, parler.

Pour aborder cette réflexion, il s’agit dans un premier temps de clarifier la vision que nous avons de nous-même, du monde et de notre relation aux autres. En fonction de chacun, les composantes de notre motivation seront différentes. C’est un aspect important à considérer : notre motivation est composée de diverses attentes, dont certaines ne sont pas nécessairement évidentes, d’un besoin de reconnaissance bien naturel mais parfois exacerbé, composée également d’un ou plusieurs objectifs à atteindre, d’aspirations à satisfaire, etc. En fait, ce qui nous motive est l’expression de notre vision et de nos représentations.

Quoi que nous fassions, c’est porté, soutenu, par notre représentation de la situation, de ce que nous devrions être dans la situation et de ce devrait être la réaction de l’autre dans la relation. Quelle conscience en avons-nous et sommes-nous certains que ce n’est que notre version de la situation ?

Quelle vision ai-je de moi-même ? Comment je me représente le monde ? Qu’est-ce que j’attends de mes relations ? Qu’est-ce que je souhaite être dans ce monde ?  Pourquoi suis-je investi dans une réflexion sur la présence à l’autre et à moi-même ?

Autant de questions qui nous permettent de clarifier notre motivation. Cependant, il est important de garder à l’esprit que certains aspects constitutifs de notre motivation ne nous sont guère accessibles dans un premier temps. Ils sont issus de notre histoire personnelle, de nos tendances, de nos croyances et de nos représentations pas toujours très claires.

Par ailleurs, il est facile de constater que notre motivation est instable, impermanente. Certains jours, nous sommes prêts à affronter bien des obstacles pour parvenir à accomplir telle ou telle activité et, d’autres fois, nous éprouvons même des difficultés à sortir de notre lit… Ce qui nous motivait un jour, ne nous intéresse plus quelques temps plus tard. Pourquoi ? Peut-être parce que certaines composantes de notre motivation n’ont pas été nourries selon nos attentes, et nous ne trouvons alors plus d’intérêt à cette activité.

En fait, nous pourrions résumer ces questions, en « pourquoi » et « pour quoi » nous accomplissons certaines actions et pas d’autres. Qu’est-ce qui fonde notre motivation et vers quoi souhaitons-nous aller ? D’où partons-nous et où allons-nous ?

Nous ne sommes pas toujours très clairs avec tous ces aspects, parce que nous faisons bien souvent les choses de manière habituelle, automatique. Nous avons du mal à voir d’où émerge notre façon d’entrer en relation avec telle ou telle situation, parce que cela nous semble évident que c’est « ainsi » qu’il s’agit de l’aborder. Nous sommes soumis à nos représentations, à nos croyances, à nos a priori sans les considérer. Et c’est naturel, parce que cela ne nous est pas immédiatement accessible. C’est en cela que la déception est une alliée, parce qu’elle nous révèle des attentes non vues.

Pour quoi ?

La motivation pose également la question d’un « pour quoi » plus fondamental : que voulons-nous vraiment récolter au bout du compte, quelle est notre visée à long terme ? Nous pouvons vivre et faire les choses dans le but d’aller bien, ou tout au moins, pour aller mieux. Nous pouvons avoir une perspective plus vaste, avec une visée spirituelle, par exemple centrée sur notre propre libération ou basée sur le souhait d’accomplir le bienfait de tous les êtres.

Pour certains, ce « pour quoi » reste vague, pour d’autres il donne un sens à ce qu’ils vivent. En tous cas, ces deux niveaux de motivation vont s’imprégner l’un l’autre. Pour développer une présence de qualité, clarifier encore et encore nos motivations est la condition première.

Conscient des enjeux relationnels et désireux d’être utile au monde et aux êtres, nous pouvons souhaiter être un « bon humain » généreux et attentif, une « bonne personne » nourrie par un humanisme porteur de valeurs altruistes.

Ayant rencontré les limites de nos représentations et de nos émotions, nous pouvons nourrir le souhait de sortir d’un fonctionnement qui génère insatisfaction et souffrance et souhaiter en être libéré.

Ayant vu que les tous êtres désirent être heureux et considérant leur souffrance, nous pouvons avoir le profond souhait que nous-même et tous les êtres soient libérés de l’insatisfaction et de la souffrance, que tous connaissent le bonheur et ses causes. C’est ce qui est appelé la bodhicitta ou esprit d’éveil dans l’enseignement bouddhique.

Quel que soit notre but, c’est le rappel de cet objectif qui nous permet d’accepter l’imperfection d’une situation et de mettre en œuvre  le courage de traverser nos difficultés, parce que cela fait sens pour nous. C’est ainsi que les entraves, s’inscrivant dans un processus de développement et de clarification, se vivent moins comme des obstacles que comme des étapes de l’entrainement.

Clarifier notre motivation, c’est donc d’une part faire le point sur notre fonctionnement et d’autre part définir avec clarté le but que nous souhaitons atteindre.

Trinlé

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