La posture, une évidence trompeuse

Claude Magne, qui assume aujourd’hui la responsabilité du centre zen Dôshin à Bordeaux, nous parle de la posture de méditation. Ici la posture n’est pas seulement un moyen ou une technique ; elle est la méditation elle-même et la méditation est la réalisation. Claude nous emmène dans l’expérience de la posture. « La posture est la forme, comme conscience et non comme conformité à un modèle. » nous dit-il. Le langage est parfois poétique, parfois technique, toujours sensible. Une autre façon de vivre la posture.

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La posture n’est pas une forme, une position à prendre, à laquelle le corps doit se conformer. La notion de posture est à prendre au sens large : une manière d’appréhender l’expérience de l’assise, une attitude en recherche d’équilibre qui est l’expression globale de la posture intérieure du pratiquant. Il s’agit d’une dynamique interne et externe, composée de mouvements perceptibles, des plus grossiers aux plus subtils qui révèlent différentes facettes de la personne : sa relation au sensible, au perceptif, au cognitif, à l’émotionnel. Elle est vie, c’est-à-dire mouvement et matière en constante métamorphose. Elle est en constante évolution, entropie et renouvellement.

La posture est donc un processus plus qu’une forme. Elle peut se décrire différemment selon les personnes et les moments. Elle se manifeste par diverses expressions dans la présence. Elle est une expression de par sa verticalité, son équilibre, sa tension, sa respiration, son occupation de l’espace, son rythme interne.

La posture enfin, est la capacité d’ouverture. Nous y découvrons différentes portes d’accès à nous-mêmes. Nous devenons ajustables et acceptons de penser de manières variées. Nous entrons en relation avec la profondeur, dépassant les cinq sens pour vivre en conscience des aspects subtils de notre organicité : l’expérience de notre dimension somesthésique. Puis nous comprenons l’interaction avec l’environnement. Cette plasticité, cette ouverture au changement est la posture. Elle est, par le corps exposé, fenêtre sur soi et sur le monde, à l’interaction des flux qui entrent et sortent du dojo. Vivre le changement et sentir l’interdépendance des différentes instances qui nous composent, les harmoniser, se fondre dans le mouvement de va et vient entre perception et désir d’agir, voilà la posture de zazen.

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L’assise silencieuse ne peut être ni un moyen technique, efficace, auquel il faut se contraindre, ni un objectif à atteindre. C’est, dans le meilleur des cas, le moment d’une présence, un présent, dans le sens de cadeau et d’acte de don, et aussi un moment inscrit hors du temps fonctionnel, le Présent. Ce présent n’est pas un point fixe qui se déplace dans l’horizontalité du temps, ce n’est pas une expérience suspendue hors de cette continuité, ni un cycle de renouvellement. C’est plutôt une étendue de temps et de matière sans caractéristique propre, traversée par toutes les formes possibles, unifiée par la capacité de métamorphose de l’esprit vaste.

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La première chose à observer est le ralentissement extrême. Nous rentrons dans la lenteur et laissons courir l’activité ordinaire du mental et du corps. C’est comme se trouver à l’abri d’un vent violent et l’entendre filer au-dessus de nos têtes. Par cette lenteur notre activité interne se déploient, apparaissent les points fixes, les agitations, les rumeurs. Peu à peu se dessine notre contours corporel et perceptif, nous voyons apparaître des angles morts dans la perception de nous-mêmes, des zones insensibles dans le corps. Alors il nous faut bien considérer que zazen est une pratique globale de l’être-là.

La totalité de nos constituants est concernée : le corps avec les sens, la profondeur sensible des organes, des ensembles musculaires, ligamentaires, osseux, l’émotion, la réflexion, l’imaginaire, la construction de la pensée. Nous voyons clairement le déploiement incessant de l’activité, et par l’apparente immobilité, la suspension de toute action volontaire. Chaque chose nous fait signe et nous commençons à entendre, à lire ce qui s’annonce. C’est notre intention en pratique : saisir les signes qui déploient ici et maintenant la danse des phénomènes sur fond d’espace infini.

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Les occidentaux ont une perception du corps qui est souvent déficitaire, un apprentissage est souvent nécessaire pour retrouver une certaine proximité avec la sensation corporelle. Nous identifions le corps à un ensemble somatique, mécanique, dont nous prenons soin, au mieux comme d’un jardin pour sa beauté, sa santé, son efficience. Cette conception est insuffisante pour comprendre le sens de la méditation assise. Pouvons-nous concevoir l’ensemble de ce que nous sommes comme un tout intelligent qui, une fois relié et unifié dans ses grandes fonctions ouvre pour l’homme à une juste compréhension de ce qu’il est ?

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Si nous maintenons la posture par la volonté, voulant correspondre à l’image que nous entretenons, à une représentation de ce que nous devons être en zazen, nous ne pouvons nous détendre, nous abandonner et recevoir les signes d’une ouverture, une manière d’être plus accueillante. Il est nécessaire de laisser tomber tout vouloir et tout désir de conformité pour accéder à une conscience de soi plus profonde. Cette attention ne se fait pas spontanément il est nécessaire d’être accompagné sur cette voie.

L’éducation du corps est presque un préalable à la pratique de zazen, Elle facilite la compréhension et nous soulage des malentendus qui sont du à notre incapacité à percevoir les messages corporels. C’est un véritable travail d’émancipation du ressenti corporelle qu’il faut poursuivre pour ne plus être soumis au mental qui rigidifie, contraint et empêche toute expression unifiée de notre personne.

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Si la présence est au-delà de toute forme, elle n’est pas pour autant dénuée de forme, c’est-à-dire de conscience. C’est la forme, comme conscience et non comme conformité à un modèle. La conscience reconstruit a posteriori et organise le vécu. Elle oeuvre à comprendre la posture et à l’apprécier, elle renouvelle notre représentation du monde avec finesse. La posture juste est toujours à venir.

Claude Magne

Nous remercions Claude pour son autorisation à publier ces extraits issus d’enseignements transmis durant des temps de retraite.

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2 Commentaires

  1. Jérôme

     /  9 juin 2014

    Merci. Pas figé, pas contraint. Et pourtant discipline. Mouvement immobile… Ouverture qui parfois me dérange…
    ps : le yoga est une bonne approche, une bonne aide.

    Réponse
  2. Annick Etcheberry

     /  14 juillet 2014

    Merci . J’étais si désolée d’être atteinte d’une cyphose que je me sens bien plus, désormais , dans l’intériorité, et prête à reprendre ma méditation sereinement.

    Réponse

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