La communication toxique (mais pas que)

La communication comme entrainement

La communication est toujours au service de quelque chose : elle n’existe pas pour elle-même. Evidemment, elle informe mais elle a bien d’autres fonctions : nourrir une relation, clarifier un projet, détendre ou répondre à une angoisse face au silence, elle comble ou elle construit, elle manipule aussi.

La communication est un composé : en plus du message que nous souhaitons transmettre, il y a les éléments intérieurs comme la motivation, l’émotion, le mental, le corps, le langage, etc. Il en va de même pour celui vers qui nous communiquons. La communication est, de fait, altérité. Et puis, il y a l’environnement, le contexte. Nous maîtrisons certains de ces éléments mais d’autres nous échappent. En percevant cette dimension composée, nous ne vivons plus la communication comme un tout monobloc ; cela donne des portes d’entrées pour la travailler.

La communication est une dynamique : il n’y a pas de communication immobile, elle est toujours interaction et elle s’inscrit dans la durée. La communication est mouvement, elle peut donc évoluer ; elle a d’ailleurs souvent besoin de temps. Cela signifie également qu’elle est progressive, et travaillable.

La communication est forte de conséquences : elle n’est pas anodine car elle  est le moyen d’exprimer du sens et, même, de participer à son élaboration. De ce point de vue, elle est une force car elle a une influence sur l’environnement, sur l’autre et sur nous-mêmes.

Pour ces différentes raisons, la communication idéale n’existe pas. Elle dépend des circonstances, de l’état d’esprit, elle demande des réajustements, elle se construit. La communication est entraînement.

La communication éthique

Dans le cadre du bouddhisme, la communication a pour propos de faire sens et de construire une cohérence. Il s’agit d’abord de déployer une communication qui ne nuit pas, qui ne génère pas plus de confusion (sauf si celle-ci est une étape vers plus de clarté). Ensuite, la communication est une ressource c.à.d qu’elle nourrit le but que nous nous sommes donné. Et enfin, le propos de l’entrainement est d’aboutir à une communication fertile. Elle tient alors compte de l’environnement et de l’interlocuteur (ses besoins, son rythme, ses modes relationnels). Elle est soutenante.

Les communications toxiques 

Quelques points de repères formels pour repérer les modes de communication qui entravent la cohérence, qui détournent du sens choisi.

La communication qui trompe : c’est la communication des sous-terrains qui ne dit pas ses intentions. Dans cette façon de communiquer, il y a un décalage entre notre motivation réelle et celle que nous exprimons. Nous trompons notre interlocuteur à notre propre profit. Nous manipulons les faits, le réel. D’une manière ou d’une autre, ce mode d’échange empêche la confiance. On trouve aussi dans cette façon de faire, les promesses non tenues, les mensonges du quotidien et tout ce qui ment sur ce que nous sommes en réalité.

La communication clivante : elle empêche l’harmonie, elle sépare, elle monte les uns contre les autres, toujours à notre profit. C’est dans ce contexte que nous pouvons comprendre la force des mots : calomnies, dénigrements ou insinuations, que la personne concernée soit là ou non, modifient le regard et la perception que l’on en a. Parler de l’autre c’est proposer une manière de l’envisager.

La communication blessante : c’est la flèche décochée dont on sait qu’elle sera douloureuse pour l’interlocuteur. C’est comme si il y avait un secret plaisir à esquinter l’autre. Qu’elle soit directe ou insidieuse, matinée d’humour ou dure, la parole blessante laisse des traces, elle nourrit les afflictions.

La communication insouciante : c’est la parole sans conscience, l’anodin, le futile qui semble être au service de rien mais qui joue quand même de son influence. Cette parole insouciante aboutit à un moment ou un autre aux trois communications toxiques précédentes ; l’absence de vigilance laisse la place à une parole qui ne maîtrise plus son message, qui se laisse déborder par le langage. Elle peut aussi être juste mais adressée ni au bon interlocuteur, ni au bon moment. Elle est gaspillage.

Le propos est de dégager notre communication de ces quatre aspects afin qu’elle participe à la cohérence de l’éthique. Mais cela ne s’improvise pas. Même sans être mal intentionné, nous savons bien comment il est aisé de tomber, par la force des habitudes, dans l’une ou l’autre de ces communications toxiques, voire même de les combiner. Non seulement cela ne s’improvise pas mais nous ne pouvons nous forcer à nous en extraire. Il nous faut donc rassembler les conditions qui nous permettent de nous entrainer à une juste communication.

Oui, mais…

Néanmoins, ne nous laissons pas prendre par la forme. Un exemple issu de la tradition bouddhique : Si, me promenant dans la campagne, je vois passer un lapin puis, quelques instants après, un chasseur. Si celui-ci me demande par où est passé le lapin, je lui indiquerai une direction contraire. Tromper devient ici une qualité (dans la mesure où la mort du lapin et le désir de tuer du chasseur me concernent).

S’abstenir de la communication blessante ne doit pas empêcher la confrontation. La confrontation des idées est une nécessité pour faire sens. Parfois, même avec toutes les précautions prises, la confrontation peut être en elle-même blessante. Ici, le fait de blesser n’est pas le but mais une étape du processus.

De même, éviter la communication clivante ne consiste pas à ne rien penser ou dire des autres. Bien des situations nous obligent à évaluer les personnes ; évaluer n’est pas juger. Néanmoins, la frontière émotionnelle est mince entre évaluation et jugement de valeur. Cela demande de la vigilance afin que l’une ne contamine pas l’autre. En fait, notre jugement contamine de fait l’évaluation, il s’agit de préserver une attention qui nous permette d’identifier le jugement au moment même de son déploiement afin de ne pas y succomber.

Enfin, se dispenser d’une communication insouciante ne suppose pas de se cantonner à une parole utilitaire. Il s’agit de s’entrainer à une communication de la double écoute : soucieuse de l’autre et consciente d’elle-même.

Ce qui décide donc de la justesse de la communication ne dépend pas de la forme qu’elle prend mais d’abord de la motivation qui la soutien.

Puntso

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2 Commentaires

  1. Annick Etcheberry

     /  23 mai 2014

    Oui, le Dharma est mon soutien au quotidien ! Merci pour cette réflexion sur la communication ! C’est très intéressant et ce texte fait beaucoup réfléchir ! Merci Lama Puntso .

    Réponse
  2. ballade

     /  26 mai 2014

    <Tu es aveugle,je suis sourd-muet,que ta main touche la mienne et que la communication soit< Khalil Gibran Corinne

    Réponse

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