20 signes de progrès dans notre pratique bouddhiste

Voici la traduction (de l’anglais) d’un texte de Rolf Scheuermann sur les signes de progrès spirituels sur la voie bouddhiste. Une réflexion personnelle inspirante qui peut aider chacun dans la compréhension de ce qu’est la pratique bouddhiste.  

Qui peut nous dire si nous faisons des progrès dans notre pratique bouddhiste ?

Beaucoup de gens qui pratiquent le bouddhisme ou d’autres chemins spirituels depuis des années ne sont pas certains de faire de réels progrès dans leur pratique. Ils croient devoir  aller voir un Lama ou un enseignant pour le découvrir.

Quelques enseignants peuvent être capables de réellement vous aider à ce propos. Il y a évidemment quelques signes extérieurs qui peuvent être des indices de progrès spirituels valables. Cependant, il n’y a en fait qu’une seule personne  qui peut vraiment juger nos progrès correctement. Non, je ne parle pas de nos maris, femmes, ou parents proches même s’ils peuvent nous éclairer.

L’unique personne qui en saura vraiment le plus en ce qui concerne votre pratique c’est VOUS.

Prétendre être un bon pratiquant bouddhiste est plutôt facile. Si on le fait bien, on peut même y croire soi-même. Tout ce dont on a besoin est d’avoir quelques notions de base des enseignements bouddhistes et faire bonne figure devant les autres.

Que l’on en soit conscient ou non, presque chacun de nous agit ainsi dans une certaine mesure. Nous voulons être perçus comme de bons disciples, étudiants, enseignants, pratiquants bouddhistes, méditants,  des êtres généreux, ayant une bonne éthique, et ainsi de suite.

Le Dharma et le changement intérieur

Les enseignements bouddhistes ou Dharma sont parfois appelés un « Dharma intérieur ». Cela fait référence au fait que la pratique bouddhiste n’a pas pour objet l’attitude extérieure ou la conduite.

Le bouddhisme n’a pas non plus pour objet de faire des pratiques spécifiques ou des rituels. La quantité de livres que nous avons lus et étudiés n’est pas si importante. Les heures que nous avons passées à méditer ne comptent pas. Ce que nous avons appris n’est pas important. Ce qui compte vraiment c’est si cela nous a transformés et comment.

Dans la tradition bouddhiste tibétaine il est coutume, par exemple, de faire des pratiques incluant un grand nombre de prosternations. Les prosternations sont une activité physique qui peut n’avoir qu’un effet positif limité sur notre corps. Mais dans certains cas, cela peut aussi blesser notre corps, en particulier les genoux.

Il est donc particulièrement important pour un pratiquant de comprendre que ce n’est pas la prosternation physique en soi qui compte. La dimension intérieure qui l’accompagne est importante. La méditation qui lui est associée peut nous aider à transformer notre personnalité en renforçant notre refuge et notre développement de la bodhicitta (esprit d’éveil). Si nous n’y prenons pas garde, la pratique des prosternations peut ne devenir qu’une sorte d’exercice physique.

Comment pouvons-nous découvrir si notre pratique bouddhiste va bien ?

En appui de nombreuses pratiques bouddhistes, il y a des instructions associées qui décrivent des signes favorables tels que des rêves et des expériences méditatives qui peuvent montrer nos progrès.

Ces signes de progrès ne devraient être perçus que comme des lignes directrices ou des indications. Si nous devenons enthousiastes ou même satisfaits lorsque de tels signes de progrès se produisent, ils peuvent en outre nourrir notre saisie de l’ego : « Je ne suis plus seulement une personne merveilleuse et intelligente, mais je suis aussi à un niveau spirituel avancé maintenant. »

A l’inverse, ne pas avoir de tels signes ne devrait pas nous attrister ou nous déprimer. Les progrès spirituels réels n’ont rien à voir avec des rêves ou des visions. Si nous les interprétons mal, ils peuvent même nous détourner du chemin. Somme toute, le chemin bouddhiste a pour objet notre développement en tant qu’être humain dans tous les aspects de notre personnalité.

Courte liste de signes de progrès dans la pratique bouddhiste

La liste qui suit contient 20 signes qui peuvent indiquer que nous faisons de bons progrès dans notre pratique bouddhiste. Elle est destinée à donner des indices que nous pouvons utiliser pour réfléchir sur nous-mêmes.  N’étant que le résultat de mon introspection et remue-méninges personnels, j’attends avec impatience d’éventuelles corrections, ajouts ou suggestions. Si vous en avez, merci de vous sentir libre de les partager avec nous en laissant un commentaire sur cette page.

Il semble que nos progrès spirituels murissent bien :

  • Si les autres remarquent que nous avons changé en mieux
  • Si nous avons moins de désirs et nous satisfaisons plus facilement de petites choses
  • Si nous remarquons de plus en plus d’espace nous permettant de réfléchir avant de réagir à ce qui se passe autour de nous
  • Si nous arrêtons de rêver de devenir un grand yogi en méditant 10 heures par jour une fois de temps en temps
  • Si, au lieu de cela, nous commençons à pratiquer régulièrement et avec joie
  • Si notre besoin de distraction diminue et que nous nous sentons plus paisibles de façon générale
  • Si nous ne nous laissons pas emporter par des expériences dans notre méditation ou des rêves intéressants
  • S’il devient plus facile de faire face aux épreuves et aux difficultés dans notre vie quotidienne
  • Si nous arrêtons de nous enorgueillir de nos réussites spirituelles ou de nos situations, mais que nous nous concentrons sur des choses sérieuses
  • Si nous nous soucions moins du passé ou du futur, mais apprécions consciemment le présent
  • Si nous commençons à nous inquiéter davantage de nos propres pensées plutôt que de ce que les gens peuvent penser de nous
  • Si nous ne réagissons pas vivement lorsque des gens nous critiquent, mais nous demandons ce que nous pouvons en apprendre
  • Si nous commençons à apprécier d’aider les autres sans rien attendre en retour
  • Si nous devenons plus conscients de nos propres défauts et des qualités des autres
  • Si nous nous prenons de moins en moins au sérieux, et qu’au lieu de cela nous commençons à aimer les autres
  • Si nous sommes moins exclusifs à propos de notre propre tradition et de nos enseignants, mais que nous nous réjouissons des activités vertueuses des autres, bouddhistes ou non bouddhistes
  • Si notre gratitude et notre reconnaissance envers nos enseignants deviennent de plus en plus fortes
  • Si notre amour et notre compassion pour tous les êtres grandit naturellement, en particulier pour ceux que nous n’aimons pas
  • Si nous devenons de plus en plus courageux
  • Si le Bouddha n’est plus un dieu, un être surnaturel ou un objectif lointain pour nous, mais la nature véritable de l’esprit de tous les êtres.

Merci à Rolph pour l’autorisation de publier son article (la version anglaise)
Merci à Marie-Charles pour sa traduction

Rolf Scheuermann a étudié le tibétain et le bouddhisme à Vienne, Heidelberg et à New Delhi. Actuellement, il travaille comme chercheur à l’université de Vienne et comme conférencier dans différents instituts internationaux. En tant qu’interprète et traducteur de la langue Tibétaine, il travaille avec une grande diversité de maîtres bouddhistes, de centres et d’institutions. 

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17 Commentaires

  1. martine

     /  4 avril 2014

    Merci beaucoup pour ce très beau texte, mais j’y vois un piège, c’est celui de l’égo qui nous fait toujours croire que nous sommes les meilleurs !

    Réponse
    • Dhagpo Bordeaux

       /  4 avril 2014

      Merci de ce retour, Martine. Tout chemin de transformation et de dévoilement comme le bouddhisme suppose des moments d’évaluation. L’évaluation consiste à rassembler des informations que nous n’avions pas avant. A nous de savoir ce que nous en faisons. Rolph le dit bien : « arrêtons de nous enorgueillir de nos réussites spirituelles ». C’est une pratique en soi. Il est important de développer les qualités si nous souhaitons être utile à nous-même et aux autres, mais jusqu’au bout du chemin, l’orgueil guète ! Soyons en conscients. Par ailleurs, se réjouir de nos qualités est différent de se croire le meilleurs.

      Réponse
  2. Alain Laporte

     /  4 avril 2014

    Merci Rolf, j’aurais aimé suggérer deux autres points:
    – si on arrive à faire une pratique juste pour les autres sans intérêt personnel, et sans se mentir à soi-même .
    – si ces fameuses idées de précieuse vie humaine, d’impermanence, de karma et de mort nous surprennent de temps en temps.

    Réponse
  3. Très intéressant! Je dirais aussi : si les peurs diminuent et si la confiance grandit…

    Réponse
    • Merci beaucoup Cécile. J’ai aussi ajouté ceci ci-dessous la liste dans la version anglaise.

      Réponse
  4. Tout est dans cette phrase <> difficile dans les deux sens!!

    Réponse
  5. Javi Ramos

     /  4 avril 2014

    Un bon date est contraster notre vision interieur avec ce que dit. L »autre de nous

    Réponse
  6. Guillaume

     /  5 avril 2014

    Bien ces signes ! Merci ! Je dirais aussi si on arrive à lâcher les dogmes comme égo, éveil, bouddhisme, dieu, etc..

    Réponse
  7. Thierry

     /  5 avril 2014

    Le véritable progrès n’est-il pas de penser qu’on ne progresse pas justement?

    Réponse
  8. Jérôme

     /  5 avril 2014

    Merci pour ces signes, comme des bougies dans la nuit qui indiquent une bonne et sûre direction…

    Réponse
  9. Annick Etcheberry

     /  11 avril 2014

    Je découvre le site que je ne connaissais pas ! C’est comme une bénédiction ! En raison de mon âge et de problèmes de santé, je ne peux plus aller à Dhagpo ni au Bost et c’est un grand bonheur de voir que je suis donc toujours connectée avec vous, les enseignants si précieux. Merci.
    PS: je vais lire les textes avec attention et j’y répondrai.

    Réponse
  10. joëlle C.

     /  18 avril 2014

    cette check liste, une aubaine, merci Rolf. Joie, oui, sous-jacente à l’instant et qui jailli comme par surprise, sentiment différent de la joie que je connaissais avant de rencontrer le bouddhisme

    Réponse
  11. Florence Castera

     /  21 décembre 2016

    Merci pour ces balises, précieuses pour naviguer parfois en solitaire… Je m’y retrouve sur plusieurs points. Notamment la joie et le besoin de pratiquer régulièrement, méditation ou rituel, signe que la contrainte fait place à une tendance plus naturelle. Et la compréhension de mes réactions émotives (colère) après coup, et progressivement ,avant coup !Et puis, qu’il y a des périodes où les autres me disaient que j’étais intolérante et tendue, signe que je forçais trop les pratiques, que je me trompais. Mais en même temps j’avançais. Et qu’on avance aussi en se trompant .

    Réponse
  12. Veronique Paumard

     /  17 août 2017

    Merci pour cette précieuse information, en effet , j’avais besoin de mesurer ou j’en étais. Je rajouterai cependant que pour une pratique efficace le mieux c’est de trouver ses talents, et construire plus grand que nous , aujourd’hui notre défaut premier est le manque de motivation cela est juste du au fait que les objectifs que nous avons sont trop petits et ne nous séduisent pas le jour où nous avons des objectifs plus grands que la normale alors nous sommes motivés. Véronique Paumard JIGME RABTEN LHAMO Bordeaux

    Réponse
  13. Merci beaucoup pour cet article, je suis totalement d’accord avec vous : un maître spirituel peut aider à nous guider, mais la seule personne qui nous connaît le mieux et qui est apte à constater l’amélioration c’est nous même. Savoir faire une introspection pour comprendre les changements qui opèrent en nous est déjà une belle preuve d’avancée ..

    Réponse

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